Saint-Louis du Sénégal

Et sur le bateau,
De nouveau
Quitter,
Laisser,
Les choses entamées.

Sur l’eau, au milieu du fleuve qui courre, rejoindre l’océan.
Au loin, la musique de la ville, à peine perceptible, entre dans l’oreille.
Écouter : sensibilité, fragilité, nostalgie. Ces émotions liées à la terre.

Dehors. Le vent braille. Secoue les cheveux. Il faut s’y remettre, à danser sur les eaux. Sur les courants. Sous les vents.
Après un gros coup de barre hier, ce corps est de nouveau d’aplomb, même si le ciel est bas dans la cabeza.
Chaque départ est un reset, la promesse d’un nouveau soi.
Carré du Djelali. 9h35. Ambroise siffle dans son pantalon rouge. Mel cherche une idée de petit dej’. Jade vomit ses tripes comme toutes les heures depuis qu’on a largué les amarres. Boris finit sa tartine, les yeux dans le vague, imperturbable.

Plus de cris de moutons, des coqs le matin. Plus l’odeur des pierres fraiches et des vieilles couvertures de la chambre. Plus, l’odeur archisucrée du café toubab au coin de la rue. Plus de chant des mosquées. Plus de cris, de « Bonjour Toubab*! ». Plus d’enfants collants, main tendue vers l’attention. Plus de poussière, de sables volants, plus de cagnard, soleil noir aveuglant, qui tape sur la gueule, plus de pêcheurs sexy à fière allure qui traversent le pont en rentrant du travail. Plus de douces histoires de sacs d’argent et de patates mouillées, le soir sur la terrasse, quand la nuit est tombée et que la chaleur persiste…

Restent, quelque part, les liens tissés avec d’autres humains, sur le qui-vive, avides de partager, au travers d’un même langage, les différences de nos cultures.
Restent, ces corps admirés mais intouchés, restent les « je t’aime », sur le quai, abandonnés.
Reste, ce pays, ce continent, cette partie du monde, à peine effleurée, même pas entamée.

Quitter comme laisser quelque chose d’autre que soi.
Quitter comme laisser quelque chose d’autre que son corps.
Quand partir c’est juste changer d’endroit.
D’un point, à un autre, à un autre, à un autre, tracer cette route decidée par les éléments.
Là, où il est possible d’aller grâce à la mer, cette immensité de matière incroyable, qui grouille, comme l’imagination s’active quand l’inconnu est à l’approche.
S’élancer, droit dedans, comme on plonge dans ses pensées ou dans une piscine chlorée sans lunettes, la traverser, sortir, voir la terre toute brouillée, et voir, et vivre, et (se) dé(ce)-voir – ne plus voir pareil, alors revoir, voir et revivre.

Cap 280°. Vers Cap Vert. Début mars 2020.

* « blanc »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :